|
Qu'est-ce qu'il y a dans une bouffée?
Une cigarette allumée laisse échapper
des particules liquides d'aérosol et des gaz. Seules les particules (5
à 8% des résidus de la combustion de la cigarette) sont visibles.
La liste des ingrédients qui composent la fumée de cigarette comprend
notamment: nicotine, monoxyde de carbone, chlorure d’éthylène, acide cyanhydrique , radionucléides,
benzène, arsenic... En tout, plus de 4000 composés chimiques, dont des
métaux lourds (plomb, mercure...) et des pesticides toxiques . Plus de
50 de ces substances chimiques sont des carcinogènes connus (c’est-à-dire
qu’ils peuvent provoquer le développement d’un cancer). D'autres
sont des agents mutagènes connus ou possibles qui sont capables de modifier
de façon permanente et souvent néfaste le matériel génétique des cellules
vivantes, et donc deprovoquer des malformations génétiques. C’est
une des raisons pour lesquelles fumer pendant la grossesse est si dangereux.
D'où viennent ces produits chimiques?
Environ la moitié de ces substances chimiques se trouve naturellement
dans la feuille du tabac vert. D'autres substances se forment pendant
le procédé de séchage ou encore sont ajoutées par les fabricants dans
le but de rehausser l'arôme du produit ou pour atténuer l'irritation de
la gorge et des voix respiratoires hautes causée par la fumée (édulcorant,
menthol…); et finalement, l'autre moitié est créée par réaction chimique
pendant la combustion du tabac.
Les phases
La fumée de la cigarette est un aérosol composé d'une
phase gazeuse et d'une phase particulaire.
La phase gazeuse
Cette phase comporte notamment :
|
Constituants
principaux du courant primaire des cigarettes sans filtre
|
| Dioxyde de carbone ou
gaz carbonique |
CO2
|
12-15% |
45-65 mg
|
| Monoxyde de carbone |
CO
|
3-6% |
14-23 mg
|
| Cyanure d’hydrogène
|
CNH
|
0,1-0,2%
|
400-500
µg |
| Divers
composés organiques volatiles : |
1-3%
|
|
| Aldéhydes
(acétaldéhyde),
Cétones,
Ammoniaque
Oxydes d’azote ,
Benzène …
|
|
|
400-1400
µg |
| |
|
| |
10-130 µg |
|
NOx
|
100-600
µg |
| |
12-50 µg |
La phase particulaire
Ce sont des particules dont le diamètre est compris entre
0,1 et 1 µm. C’est
cette petite taille qui leur permet de pénétrer dans les alvéoles pulmonaires.
D’un point de vue clinique, les principaux toxiques sont :
- Les substances cancérigènes (NB :
les quantités concernent les constituants du courant primaire des cigarettes
sans filtre) : les hydrocarbures (benzopyrènes — 20-40 ng...)
; les dérivés nitrés (pyridine...) ; les aldéhydes (formaldéhyde
— 70-100 µg, acetaldéhyde — 18-1.400 µg,...) ; les nitrosamines
spécifiques au tabac - 0,34 à 2,7 µg/cigarette ; les cétones...
- Les irritants : l’acroléine, l’oxyde
d’azote (N20)…
- Les métaux : le nickel - 0-600 ng, le cadmium
— 41-62 ng ...
- Les radicaux libres : les quinones, les
époxydes, les composés peroxydes...
- La nicotine et les autres alcaloïdes du tabac
— 1.000-3.000 µg/cigarette
Les courants
La fumée due à la combustion de la cigarette se divise
en plusieurs courants :
Le courant primaire ou principal
Ce courant est issu de la fumée aspirée
directement par le fumeur à travers la cigarette qu’il porte à ses
lèvres. Ses composants parviennent au travers du placenta jusqu’au
fœtus lorsque la femme enceinte fume.
Le courant secondaire ou latéral
C’est la fumée qui s’échappe
du bout incandescent de la cigarette entre les bouffées. Il contient
cinq fois plus de CO, trois fois plus de goudrons et de nicotine et quarante-six
fois plus d’ammoniac. Bien que plus toxique, le courant secondaire
se dilue dans l’atmosphère ce qui en amoindrit les effets. Toutefois,
respirer de l’air chargé de fumée de tabac est loin d’être anodin.
Le courant tertiaire
C’est la fumée exhalée par le fumeur.
Sa composition dépend de la façon dont la cigarette est fumée.
Les composants
chimiques
La fumée inhalée pénètre dans l’organisme
en suivant le même trajet que l’air. Les substances toxiques qu’elle
contient exercent une première action sur l’ensemble des voies respiratoires.
Puis, au niveau des alvéoles pulmonaires, elles passent dans la circulation
sanguine et sont véhiculées dans tout le corps. Cela explique l’apparition
de cancers en dehors des voies respiratoires comme celui de la vessie.
Voici un tableau reprenant des composants de la fumée de tabac et leur
utilisation dans la vie courante :
|
Substances
contenues
dans la fumée
|
Utilisation
de ces substances et
quelques-unes de leurs caractéristiques
|
|
Acétaldéhyde
|
Liquide inflammable, hautement
toxique et irritant |
|
Acétonitril
|
Composé toxique utilisé
dans la fabrication des plastiques, du caoutchouc, de l'acrylique
et d'insecticides |
|
Acide
cyanhydrique
|
Poison cellulaire |
|
Acide
formique
|
Puissant agent irritant
|
|
Acroléine
|
Liquide toxique aux vapeurs
irritantes et cancérigènes |
|
Divers alcaloïdes mineurs du tabac (anatabine, anabasine,
solanesol)
|
Peuvent servir de marqueurs
d'imprégnation de l'organisme du fumeur par le tabac lorsque la cotinine n'est pas utilisable (par ex. lorsque le fumeur utilise la nicotine médicamenteuse)
|
|
Ammoniac
|
Fabrication
d'explosifs, dégraissant |
|
Argon
|
Gaz contenu
dans les ampoules électriques
|
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Arsenic
|
Poison |
|
Azote
|
Production
de nombreux produits chimiques
|
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Benzène
|
Fabrication
de détergents
|
|
3-4 Benzo-pyrène
|
Carcinogène |
|
B-naphtylamine
|
|
|
Butane
|
Camping-gaz |
|
Cadmium
|
Le cadmium et les solutions
de ses composés sont fortement toxiques. Ils ont des effets cumulatifs
et similaires à ceux de l'empoisonnement au mercure |
|
Catéchol
|
|
|
Chlorure
de méthyle
|
Gaz toxique utilisé dans
la production du caoutchouc et des solvants à peinture |
|
Chlorure
de vinyle
|
|
|
Chrome
|
Dans les alliages métalliques
|
|
Crésol
|
antiseptique |
|
Cyanure
d’hydrogène
|
Poison utilisé pour exécuter
les condamnés à mort |
|
Formaldéhyde
|
Désinfectant,
et cancérogène reconnu
|
|
Gaz carbonique
(CO2)
|
Extincteurs
d’incendie
|
|
Goudrons
|
Recouvrement des routes
|
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Hydrazine
|
Carburant
pour les fusées
|
|
Hydrocarbures
|
Carburant
|
|
Hydrocarbures
non saturés
|
Carburant |
|
Hydrocarbures
saturés
|
Carburant
|
|
Hydrogène
(H)
|
Gaz pour
les dirigeables
|
|
Méthane
|
Grisou (en cause dans les accidents miniers) |
|
Méthanol
|
Alcool toxique utilisé dans
la fabrication d'antigel, de carburant, de résines et de drogues |
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9-méthylcarbazoles
|
|
|
3 et
4 méthylcatéchols
|
|
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1-méthylindoles
|
|
|
Monoxyde
de carbone (CO)
|
Gaz de ville
Asphyxiant qui réduit l'oxygénation des tissus organiques |
|
N4-nitrosonornicotine
|
|
|
Naphtalènes
|
Insecticide
|
|
Nickel
|
Alliages
métalliques
|
|
Nicotine
|
Poison,
insecticide biologique, principal agent responsable de la dépendance
|
|
Nitrosamines (Diethylnitrosamine, Diméthylnitrosamine, Ethylméthylnitrosamine)
|
Substances
cancérigènes
|
|
Nitrosopyrolidine
|
|
|
Oxydes
|
|
|
Oxydes
nitreux (N2O)
|
Groupe de gaz irritants
et parfois toxiques qui, combinés aux hydrocarbures, produisent le
smog (mélange de brouillard et de fumée provenant des usines ou
des maisons) |
|
Oxydes
d’azote
|
|
|
Oxygène
|
Indispensable au métabolisme |
|
Phénol
|
Antiseptique
Composé acide extrêmement toxique |
|
Plomb
|
Métal
lourd, le plomb se concentre dans les cellules et peut provoquer
des modifications génétiques. Des empoisonnements graves au plomb
peuvent provoquer des malformations congénitales et des troubles
d'apprentissage chez les enfants. Des études ont démontré que la
teneur en plomb dans le sang des enfants dont l'un des parents fume
est plus élevée que chez les enfants qui vivent près d'une fonderie
de plomb !
|
|
Polonium
210
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Elément
radioactif |
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Propionaldéhyde
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Liquide utilisé comme désinfectant
|
|
Pyridine
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Liquide inflammable utilisé
dans les bactéricides et les insecticides, responsable de l'odeur du tabac
|
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Sulfite
d’hydrogène
|
Gaz toxique produit naturellement
par la matière en décomposition |
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Uréthane
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Vapeur
d’eau
|
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Et bien
d’autres encore…
|
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Dans la littérature consacrée au tabagisme,
la dénomination « goudrons » de la fumée correspond à l’ensemble
des composants de sa phase particulaire, à l’exclusion de l’eau
et de la nicotine.
Voici les quatre
groupes de substances les plus importants :
1) La nicotine
La nicotine est la principale responsable de la dépendance physique au
tabac. Elle est le principal agent psycho-actif du tabac, responsable
de la dépendance tabagique.
En Europe, le taux de nicotine (mesuré dans les machines à fumer) a été
limité à 1 mg par cigarette (Directive européenne suivie par la Belgique).
La nicotine est le principal alcaloïde du tabac, et est essentiellement
concentrée dans les feuilles hautes de la plante. On la retrouve notamment
dans la fumée provenant de la combustion des feuilles.
a) Absorption de la nicotine
- Dans les cigarettes de tabac blond, la nicotine est
présente sous forme de sel acide. Elle ne se dissout pas dans la salive
et n’est donc pas absorbée par la muqueuse buccale. Ces fumeurs
doivent, donc, inhaler profondément la fumée pour que la nicotine parvienne
aux alvéoles pulmonaires et qu’elle soit absorbée par le sang.
- Dans le cas des cigares et du tabac pour pipe (tabac
brun), la nicotine est présente sous forme alcaline. Dans ce cas, elle
se dissout dans la salive et est absorbée par les muqueuses de la bouche
et du pharynx. Cette différence explique que les fumeurs de cigares
ou de pipes n’ont pas besoin d’inhaler la fumée pour en ressentir
les effets.
Une fois dans le flux sanguin, la nicotine
atteint le cerveau en sept secondes. La nicotine peut, également, être
absorbée par voie transcutanée. Des intoxications à la nicotine ont été
observées chez des travailleurs du tabac ainsi que chez d’autres
personnes qui utilisent des produits à base de nicotine, comme certains
insecticides. Les propriétés psycho-actives de la nicotine ont également
été utilisées dans le traitement du sevrage tabagique.
b) Toxicité
Effets sur le système nerveux
Les effets sur le système nerveux varient selon les individus.
- A faible dose :
C’est un stimulant nerveux, en particulier pour le système nerveux central autonome, car elle accroît la sécrétion d'adrénaline et d'autres sécrétions internes. Son action est excitante sur certains neurones du système nerveux végétatif.
- A forte dose : c’est un poison fulgurant
Elle paralyse le système nerveux autonome en empêchant la transmission de l'influx nerveux : par ce blocage, véritable court-circuit des jonctions neuromusculaires, la nicotine entraîne une action du même type que celle du curare. Le curare peut provoquer des convulsions entraînant la mort : 5 gouttes injectées à un cheval le tuent en quelques secondes.
- Accoutumance :
La nicotine est classée parmi les substances psychotropes en tant que stimulant du système nerveux central (SNC). A ce titre, elle provoque une dépendance physique et, par conséquent, un syndrome de privation suite à la réduction de sa consommation ou à son arrêt. Des études réalisées aux U.S.A. par le "National Institutes on Drug Abuse" (N.I.D.A.) et au Royaume-Uni par le "Addiction Research Unit" montrent que la nicotine crée une dépendance six à huit fois plus importante que l’alcool et peut générer une dépendance encore plus forte que celle de l’héroïne.
L’action de la nicotine sur le système nerveux
se répercute sur les autres systèmes :
Effets sur le système cardio-vasculaire
- Augmentation de la fréquence cardiaque (tachycardie),
- Augmentation de la pression artérielle (hypertension),
- Augmentation du cholestérol sanguin.
Effets sur le système respiratoire
- A faible dose, c’est un stimulant de la respiration.
- A forte dose, elle déprime le centre cérébral qui règle la respiration.
Effets sur le système endocrinien
La nicotine augmente la sécrétion de certaines hormones.
Effets sur le système digestif
- A faible dose, elle augmente le tonus intestinal.
-
A forte dose, elle provoque des troubles digestifs : nausées, vomissements…
Effets sur le poids
Le poids du fumeur est inférieur, d’en
moyenne 2 à 3 kilos à celui d’un non-fumeur.
La nicotine entraîne un certain dégoût
pour certaines saveurs .
c) La nicotinémie
On entend par nicotinémie le taux de
nicotine présent dans le sang. La durée de vie moyenne de la nicotine
est d’environ deux heures, c'est à dire qu'après
deux heures, la moitié
seulement de la quantité initiale est présente dans le sang. Après ce délai, à mesure que le taux de nicotine diminue, l’envie de fumer renaît. Des études sur le
mécanisme du besoin physique de nicotine ont permis de mettre le rôle
de cette dernière en évidence. Chez un fumeur, au repos, isolé, consommant à volonté les cigarettes lorsqu’il en ressent le besoin, le Docteur Russel a mesuré les nicotinémies dans le sang et a remarqué que le besoin en nicotine réapparaît régulièrement chaque fois que le taux tombe au-dessous d’un certain seuil. La personne reprend alors une cigarette, le
taux de nicotine s’élève rapidement, puis baisse à nouveau, dès qu’elle est terminée. La fréquence de la consommation des cigarettes est, évidemment, d’autant plus grande que le seuil du besoin est
plus élevé. Ce seuil définit la dépendance physique et constitue un élément très important dans le traitement pharmacologique, lors du sevrage tabagique. Ce mécanisme est comparable à l’hypoglycémie et à la sensation de faim qui apparaît quand le taux de glucose dans le sang est trop bas. L’envie de fumer est, en fait, surtout, une faim de nicotine, comme quelqu’un qui a sauté un repas a, impérativement, besoin de manger. En effet, le fumeur a depuis longtemps appris que la cigarette était le moyen le plus rapide et le plus efficace pour calmer cet état de manque.
Les oscillations de la nicotinémie sont très variables d’un fumeur
à l’autre, d’un moment à l’autre et suivant la façon de fumer. C’est comme, si chaque fumeur modulait sa manière de fumer afin de maintenir son taux de nicotine au-dessus du seuil de dépendance, quel que soit le type de cigarettes fumées, fortes ou légères. Pour compenser la baisse de la teneur en nicotine de la fumée des cigarettes légères, le fumeur adapte sa façon de fumer au type de cigarette fumée (on parle de tabagisme compensatoire).
Pour satisfaire son besoin en nicotine, il va :
- tirer des bouffées plus profondes ;
- fumer davantage et plus complètement ses cigarettes ;
- supprimer le filtre ou obturer les trous d’aération du filtre avec les doigts pour diminuer l’apport d’air et donc éviter de diluer la fumée
voir aussi le point sur
les cigarettes ventilées
Soluble dans l’eau,
la nicotine contenue dans le sang est éliminée totalement en 12 heures
parles reins.
2) Le monoxyde de carbone (CO)
Il s’agit d’un gaz incolore
et inodore. Les gaz d'échappement des voitures constituent une des sources
importantes de CO; la fumée de tabac en est une autre. Ce gaz est produit
par la combustion du tabac et du papier enveloppant la
cigarette. A de fortes concentrations, le CO prive l'organisme d'oxygène.
Une exposition prolongée à de faibles doses intervient dans les maladies
cardiovasculaires.
Le CO pénètre dans le sang par les alvéoles pulmonaires. Son affinité
pour l’hémoglobine
étant, environ, 240 fois supérieure à celle de l’O2, il
se combine à l’hémoglobine pour former la carboxyhémoglobine,
limitant ainsi la fixation de l’ O2. Ce qui réduit l’oxygénation
des tissus.
Chez le fumeur, 1 à 15% de l’hémoglobine est incapable de remplir
son rôle normal car le CO fixé l’empêche de remplir sa fonction dans
le transport de l’O2. Ainsi, faute de carburant (O2),
le corps se traîne, le fumeur s’essouffle.
Le CO favorise l’apparition de pathologies cardiovasculaires chez
les personnes en bonne santé, et les complique chez les personnes qui
les ont déjà développées. Il aggrave également l’insuffisance respiratoire.
Après arrêt de la fume, le taux de CO contenu dans l’air
expiré revient à la normale au bout de quelques heures.
3) Les substances irritantes
Certaines substances sont à l’origine
d’une irritation chronique de la muqueuse respiratoire. En paralysant
les cils bronchiques, elles provoquent une accumulation des sécrétions
dans les bronches qui conduit essentiellement à des pathologies cardio-respiratoires
chroniques. Chez les non-fumeurs, elles provoquent également des irritations
de la gorge et des yeux. A l’arrêt du tabac, une toux peut apparaître
ou s’intensifier, c’est le témoin de la reprise des battements
ciliaires. Les substances irritantes accumulées mettent quelques semaines
avant de s'éliminer de l’arbre respiratoire.
Les principales substances irritantes sont les phénols, l’acroléine,
l’ammoniaque, les aldéhydes et l’acide cyanhydrique.
4) Les goudrons
Les goudrons qui
se déposent sur les muqueuses des fumeurs sont responsables de différents
types de cancer du système respiratoire : le cancer du poumon, en particulier,
mais aussi les cancers affectant la bouche, le pharynx, le larynx, l’œsophage,
etc. Ces cancers sont liés au contact direct avec la fumée.
La teneur des cigarettes en goudron a été limitée en 1997 par une directive
européenne à un maximum de 12 mg par cigarette.
Les additifs ajoutés au tabac
Près de 600 produits différents sont signalés par les cigarettiers dans
une liste des additifs utilisés (1994). Certains d’entre eux sont
approuvés par la Food and Drug Administraion (FDA, USA) comme additifs
alimentaires. Mais les conditions sont bien différentes dans les cigarettes
où ils peuvent être portés à de hautes températures et se combiner à d’autres
produits.
C’est le cas des acides aminés qui forment des produits génotoxiques
et des carcinogènes, de la glycerrhizine qui elle aussi produit des carcinogènes,
du benzène provenant la combustion de beaucoup d’additifs qui peut
provoquer des leucémies.
Les composants ammoniaqués, en modifiant le pH de la nicotine dans le
tabac, la font passer d’une forme liée (divers sels de nicotine)
à la forme de nicotine base libre qui pénètre plus rapidement au travers
des membranes buccales et pulmonaires d’où un renforcement des propriétés
addictives qui sont liées au moins en partie à la vitesse
de résorption de la nicotine, qui provoque des augmentations rapides
de sa concentration cérébrale (les pics nicotiniques). Les édulcorants rendent la
fumée de cigarettes moins irritante et le menthol a un léger effet anesthésiant
sur les voies respiratoires.
Dans les cigarettes américaines vendues en France, les additifs représentent
6 à 10% du poids des cigarettes. Les cigarettiers s’opposent à la
diffusion de la composition des additifs qu’ils emploient en recourant
à la législation qui couvre les secrets de fabrication.
Nb : Vous pouvez vous référer à l’Arrêté Royal relatif à la fabrication
et à la mise dans le commerce de produits de tabac et de produits similaires
du 13 août 1990, afin de connaître la liste des additifs autorisés (disponible
à la bibliothèque).
Quelques précisions
- Les différentes substances toxiques se retrouvent dans
la fumée du tabac, de pipe, de cigare ou de cigarette. Mais leurs concentrations
varient suivant le type de produit consommé.
- Dans la cigarette, le tabac est brûlé plus complètement
et plus rapidement.
- Les filtres ne retiennent que les produits
non-gazeux ; c'est à dire 30 à 40% des composants de la
fumée : principalement les substances irritantes et les goudrons,
mais beaucoup moins la nicotine et pas du tout le CO. Ils contiennent
des fibres d’acétate de cellulose
qu’on retrouve dans les poumons des fumeurs.
- Certaines firmes utilisent une espèce de tabac modifiée
génétiquement pour produire plus de nicotine.
- Les chiffres relatifs à la teneur en goudron et en
nicotine, indiqués sur les paquets de cigarettes ne correspondent pas
à la réalité de ce qu’absorbe vraiment le fumeur, surtout pour
la nicotine, mais bien à un rendement obtenu dans des machines à fumer.
|
Tabac
|
Taux
de nicotine dans la fumée
|
Poids
en nicotine
dans le tabac
|
| Feuille
séchée, hachée (scaferlati) |
|
10 à 20
mg/g de tabac |
| Cigarette |
|
|
| Rendement
artificiel (machine à fumer) |
0,1 à 1,5
mg pour 1 cigarette |
8-10 mg/cigarette
|
| Rendement
réel (quantité absorbée par le fumeur) |
1 à 3 mg
pour 1 cigarette |
Teneur en nicotine concernant les cigarettes
et le tabac1
-
Suivant les nouvelles directives européennes,
les termes de light et de mild ne peuvent plus être
employés car ils ne correspondent pas à une réalité pour le fumeur.
-
Comme il y a eu également un abaissement
de la teneur en nicotine, les fumeurs recourent à un tabagisme
compensatoire (plus grand nombre de cigarettes, écrasement des pores
de ventilation des filtres, bouffées plus nombreuses, plus profondes,
de plus grand volume, rétention plus longue de la fumée dans les poumons)
pour obtenir la nicotinémie dont ils ont besoin. Mais de la sorte,
ils s’imprègnent en même temps d’une quantité plus grande
de goudrons et d’autres toxiques de la fumée. Finalement, les
cigarettes light ne sont pas moins dangereuses pour la santé
que les cigarettes fortes, bien au contraire.
-
Il faut bien distinguer le poids de
nicotine présent dans le tabac, et la teneur en nicotine de
la fumée de cigarette, teneur mesurée dans les machines à fumer dans
des conditions d’ailleurs différentes des conditions réalistes
observées chez le fumeur.
-
Dans les machines, les pores des filtres
sont bien ouverts (alors que les fumeurs les écrasent souvent avec
les doigts ou les lèvres). Le volume des bouffées est inférieur à
celui des fumeurs (35 ml versus 43-63 ml (ou davantage) et les intervalles
entre les bouffées sont également plus longs (58 secondes versus 18-53)
d’où un volume global plus faible (280-350 ml versus 315-765
ml). C’est la raison pour laquelle on ne peut pas considérer
qu’une réduction de la teneur en nicotine puisse prédire une
réduction des risques. D’autant plus que la teneur en goudrons ne permet pas de prédire la teneur de leurs composants carcinogènes comme
les benzo-a-pyrenes ou les nitrosamines spécifiques au tabac, pas
plus que la teneur des composants gazeux (CO, cyanure d’H2,
et acroléine).
- Les consommateurs croient, à tort, que les cigarettes
dites légères réduisent les risques sur leur santé. C'est la raison
pour laquelle on a supprimé ces mentions sur les paquets de cigarettes
eu Europe.
-
Les machines à fumer servent, essentiellement,
à comparer entre elles les teneurs en produits de la fumée
des différentes marques de cigarettes.
1 Source : Ex-SEITA (Société d'exploitation industrielle des tabacs et allumettes), maintenant devenue ALTADIS.
Source principale de cette page : Toxicologie de la fumée de tabac [extrait du cours de la formation en tabacologie] / Pierre Bartsch. - FARES, 2009.
Cette page a été approuvée par le Comité Scientifique.
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